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Identites plurielles. L’image des Arabes dans le monde -part 6

SOCIETY-PAOLO-BRANCA[2]American University in Cairo, Egypt. Ph. Silvia DoglianiLa plus récente initiative entreprise ensemble à des jeunes du Groupe « Jeunes musulmans d’Italie » et à d’autres personne n’appartenant pas à l’association et avec de jeunes arabe- chrétiens et laïcs- a été la publication mensuelle de quelques pages rédigées par eux et insérées dans l’hebdomadaire « Vita ». Le supplément s’appelle Yalla Italia (qui signifie en arabe « allez, allons-y… Italie» et qui a pour objectif de donner une voix à cette nouvelle génération qui a beaucoup de choses à raconter mais ne sait pas comment se faire entendre. Le premier numéro a été consacré à l’humour, dans une culture où il semblerait complètement absent mais qui au contraire offre d’infinis et amusants exemples. « Souri au monde et le monde te sourira ! », qui penserait que c’est un proverbe arabe ? Et un autre railleur dit « tiens-toi loin du mal et fais lui des grimaces ».

Les regards obtus des extrémistes, l’implacable dureté avec laquelle ils jugent grossièrement, l’inhumaine farouches avec laquelle ils coupent les mains, les têtes et lancent des pierres contre des malheureux sont en train de dangereusement diffusés partout dans le monde l’image d’une réalité incapable de légèreté et d’ironie.

Une image irréelle, qui contredit la débordante humanité des villages et des métropoles du Moyen Orient et d’Afrique du Nord, dans lesquels un bon nombre parmi nous a peut être séjourné même pour quelques jours. Fils d’une antique civilisation fondée sur la « Parole »- comme et peut être plus que nul par ailleurs- les arabes aiment jouer et s’amuser avec le langage. Les chansons des enfants, les expressions populaires, les histoires qui font rire sont depuis toujours la manière grâce à laquelle les personnes humbles se prennent quelques revanches sur les arrogants, effleurant et souvent dépassant les limites que le bon sens, la décence et les lois religieuses retiennent insurmontables.

La manipulation, d’une part et d’autre des vignettes danoises sur Mahomet ne doit pas nous tirer en duperie. Il est malheureusement vrai que les Talibans ont détruit à coup d’artillerie la statue des Buddhas de Bayman, mais il est vrai aussi que les égyptiens- musulmans avant eux- cohabitent depuis des siècles avec des simulacres de divinités pharaoniques sans trop de problèmes. Nous n’avons donc pas à faire avec une culture iconoclaste à outrance. Différentes sensibilités existent certainement mais il ne s’agit pas seulement de religion. Un monde encore substantiellement traditionnel conserve des hiérarchies, des priorités, des tabous que la modernité a brisé au nom d’une liberté individuelle exaspérée.

Les termes « nouveau » et « différent » sont devenus des adjectifs sans doute positifs, utilisés abondamment dans les publicités et qui n’auraient pas rencontré la faveur de nos grands parents et même de nos parents. « Plaisante avec les fantassins, mais laisse en paix les saints» est une façon de dire bien connue dans notre tradition et qui ne remonte pas au Moyen Age. Et pourtant, quand l’exaspération nous fait perdre la raison, en Orient comme en Occident, le langage nous fait pénétrer dans le sacré ou simplement dans les domaines sémantiques interdits : les besoins physiologiques, la sexualité, la religion plus ou moins explicite finissent par avoir une fonction de soupape de soulagement. La « madocina » est une façon d’évoquer Marie sans la nommer explicitement, « diamine » assorti le diable….et l’eau sainte (domine). L’arabe ne fait pas exception, lorsque pour envoyer au diable quelqu’un, on lui souhaite « que ta religion s’en aille à l’enfer !» ce qui signifie que tu m’as tellement fait sortir de mes gonds que je crache sur ce tu as de plus sacré. Tous, donc, se rapportent aux Saints au paradis, quelqu’ils soient, mais quand on le fait avec ceux d’autrui alors les problèmes commencent : « seul moi peut critiquer ma maman (et mon équipe de foot) » prêt à la défendre comme un drapeau si seulement un adversaire se permet de mettre en doute son honorabilité.

Contradictions et paradoxes du langage, qui dans le bien et dans le mal, nous distinct des animaux et nous permet de faire quelque chose qu’ils ne peuvent absolument pas faire : rire, surtout sourire de nous même, de nos limites et de l’absurdité d’exister, merveilleux don qui a toujours deux façades et que celle cachée se montre de temps à autre pour nous surprendre, pour mettre un peu de sel dans la soupe que bon gré mal gré nous devons manger, pour plaisanter de nos fausses certitudes et nous remettre en question…..en somme pour nous rappeler, comme dit un proverbe arabe que « la vie est comme ça : un jour douce comme le miel, un autre aspre comme un oignon !»

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